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mardi, 15 avril 2014 03:00

Yanick Voyer : un producteur agricole de nouvelle génération

Assurer la relève agricole est un défi de taille. Les candidats se font plutôt rares et les investissements à fournir, autant personnels que financiers sont énormes. Yanick Voyer, un jeune agriculteur de Sainte-Angèle-de-Monnoir, est l’un de ces rares candidats qui a choisi de s’investir à fond pour maximiser le potentiel de sa production. Récipiendaire de la bourse à la relève agricole 2013 pour la MRC de Rouville, Yanick Voyer assure, depuis 2010, la relève de la ferme familiale détenue par Robert Voyer et Louise Leduc, gère, depuis le printemps 2013, 200 acres de terre à cultiver et vient d’acheter, en janvier 2014, une ferme laitière de 28 bêtes.

C’est en suivant son père dans les champs, dès son plus jeune âge qu’il a découvert sa passion pour l’agriculture. Il semble même qu’au premier jour de maternelle, il ait quitté la classe en trombe convaincu qu’il devait plutôt aller aider son père sur la terre.

Depuis l’automne 2010, Yanick est propriétaire de la ferme n° 2 familiale et a à sa charge l’engraissement de 2 200 porcs à forfait pour un important producteur de la région. « Mon père voulait fermer cette partie de la ferme. J’ai décidé de l’acheter et j’ai conclut une entente avec le Groupe Robitaille. C’est mieux organisé et plus avantageux, autant pour le producteur que pour moi », précise Yanick Voyer.

En tant qu’éleveur porcin, il détient les bâtiments et s’occupe de l’entretien et de la gestion des bâtisses sans pour autant posséder le bétail. Il voit à la croissance d’un groupe de porcs tous les quatre mois, entre la pouponnière et l’abattoir et s’assure que les bêtes ne manquent de rien et qu’elles sont en bonne santé.

Les nouvelles technologies au service de l’agriculture
Au printemps 2011, l’éleveur a investi plus de 250 000 $ pour rénover ses installations. À l’affût des nouvelles technologies, il a mis en place un système de ventilation contrôlé électroniquement et a installé, dans chacune de ses bâtisses, un plancher de lattes avec dalot à purin muni de grattes automatiques qui assurent la vidange du dalot. Ce concept lui fait gagner beaucoup de temps d’entretien et offre une meilleure qualité d’air pour les animaux. Même si les producteurs porcins ont souvent mauvaise presse lorsqu’il est question d’odeurs, Yanick Voyer en pense tout autrement. « Si les gens venaient voir nos bâtiments, ils verraient comment on s’occupe bien de nos bêtes. Je m’occupe de ces animaux-là comme quelqu’un prend soin d’un chien ou d’un chat », précise-t-il.

La ferme laitière
À l’automne 2013, Yanick apprend qu’un client de son père offre sa ferme en location, en vue de sa retraite. En moins de deux, le jeune gestionnaire entreprend les démarches pour louer la bâtisse, acheter l’équipement laitier et une partie des animaux. En janvier 2014, il détient alors 28 bêtes, dont 21 vaches en lactation qui produiront, trois mois plus tard, déjà plus que la moyenne québécoise. « En général, une vache peut produire environ 1 kg de gras par mois et les miennes en sont déjà rendues à 1,4 kilo par mois », soutient le producteur qui se lève à 4 h 45 tous les matins pour traire ses vaches.

Terres à cultiver : un à côté
Et comme si le métier n’était pas assez prenant, Yanick Voyer cultive aussi quelque 200 acres de terre. Il y fait pousser du soya et du blé pour l’humain, ainsi que du maïs, du foin, de la luzerne et du mil pour les animaux. Il s’occupe également de niveler des terres en location pour certains clients. « Le nivelage en location est très rare, mais ça rapporte. Ça coûte tellement cher de produire du blé, du maïs ou du soya qu’il vaut mieux que le terrain soit à son meilleur », soutient cet homme qui ne fait pas les choses à moitié. Il a, entre autres, acheté une niveleuse, dont le système GPS coûte à lui seul quelque 40 000 $.

Un homme qui sait bien s’entourer
Même s’il travaille seul, il sait bien s’entourer. Quelques bons amis prennent une partie de leur congé annuel pour venir l’aider durant les récoltes. Des producteurs à la retraite viennent aussi lui donner un coup de main pour les semences, les foins et les récoltes. « Les retraités ont de l’expérience, s’ils voient des petites choses, ils m’en parlent et me donnent des trucs utiles », raconte-t-il.

Pour réussir sur la ferme, il s’implique dans plusieurs comités, siège au conseil d’administration du Club Agri-Durable et consulte Internet pour connaître les dernières nouveautés dans le domaine. Il participe également à des formations pour mettre à jour ses connaissances apprises dans les champs et au programme de production laitière du Centre de formation professionnelle (CFP) des Moissons.

La bourse de la relève : un soutien et une reconnaissance de ses pairs
Même s’il n’avait pas pensé développer ses activités en prévision de la bourse de la relève, il est tout de même très heureux d’avoir obtenu ce 10 000 $. La moitié de la bourse servira à payer les services professionnels pour la transaction de la ferme laitière. L’autre moitié payera une partie de sa nouvelle presse à foin ou une portion des rénovations de ses bâtisses. « Je dois une fière chandelle à ma conseillère, Virginie Leblanc, chez Desjardins, à Saint-Hyacinthe (volet agricole) qui a cru en moi et m’a suggéré de m’aider pour préparer mon dossier de candidature », affirme le récipiendaire.

Bien sûr, une telle bourse ne pourrait être décernée sans la participation financière de généreux partenaires tels que le Forum Jeunesse Montérégie Est, Marie Bouillé, députée d’Iberville, la Société d’agriculture de Rouville, les caisses Desjardins, le réseau Agriconseils, l’Union des producteurs agricoles, A. Lassonde inc., les assurances Arthur Malouin et la cellule de mentorat pour entrepreneurs au Cœur de la Montérégie.

Léon Sansoucy, président de la Société d’agriculture de Rouville (SAR), est lui-même un producteur aguerri qui croit en l’idée de soutenir la relève. « Quand il y a des jeunes qui veulent s’investir, on est heureux de les aider », précise l’homme de 70 ans qui gère encore aujourd’hui 900 arpents de terre avec son fils et siège à de nombreux conseils d’administration dans le milieu.

Travailler en harmonie avec la nature et les concitoyens
Pour l’avenir, Yanick espère tirer le meilleur de ses trois projets et de réaliser cela en harmonie avec la nature et les concitoyens. Il a, entre autres, réduit de 50 % sa consommation d’eau pour le lavage des bâtiments en rénovant ses porcheries et contrôle maintenant le débit d’eau de ses abreuvoirs. Afin d’agrémenter le paysage et de filtrer l’air environnant, il a planté 1 000 arbres autour de la porcherie et compte en planter près de 1 000 autres cette année. Il a également créé un tapis de paille sur la fosse à fumier pour atténuer les odeurs et, du même coup, y a semé du blé pour en faire un tapis vert. Il travaille également en collaboration avec la MRC pour trouver de meilleures façons de faire pour protéger les bandes riveraines. « Je ne le fais pas pour moi, mais pour agrémenter la vie des gens », conclut cet agriculteur bien de son temps.

Par Martine Grenier, inspiremag.ca.