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mardi, 10 mars 2015 07:35

Les stages non rémunérés

Les jeunes font face aujourd’hui à un marché de l’emploi où pullulent les emplois précaires, à temps partiel ou contractuels, et où les grandes entreprises ont de plus en plus recours aux stages non rémunérés pour leur offrir une porte d’entrée. Autrefois, il était courant qu’un jeune se trouve un emploi dès sa sortie de l’école et qu’il travaille au même endroit toute sa vie. Cela n’est plus le cas. Le marché du travail est devenu plus compétitif que jamais et les jeunes sont souvent les premières victimes des effets des cycles économiques.

En 2014, à titre de porte-parole en matière de jeunesse, j’avais, avec la collaboration de mes collègues, mandaté le Comité permanent des Finances de la Chambre des communes d’entreprendre une étude sur la situation de l’emploi chez les jeunes au Canada. L’un des nombreux points soulevés par les témoins experts lors de cette étude, en plus d’un taux de chômage chez les jeunes deux fois plus élevé que la moyenne nationale, était l’accroissement du nombre de stages non rémunérés au pays et ses effets néfastes sur les jeunes en recherche d’emploi.

Les stages non rémunérés font malheureusement partie intégrante de la réalité du marché du travail pour les jeunes qui se cherchent un premier emploi. Selon les spécialistes, on compterait entre 100 000 et 300 000 stages non rémunérés au Canada.

Je me rappellerai toujours de l’histoire d’Andy Ferguson, 22 ans, qui était stagiaire non rémunéré à une station de radio d’Edmonton en 2011. Après avoir fait de longs quarts de travail consécutifs, soit environ 16 heures - non rémunérées - Andy s’est endormi au volant et est décédé dans un accident de la route. Avant de texter pour la dernière fois à sa petite amie qu’il l’aimerait pour toujours, il avait fait mention du traitement que lui réservait son « employeur » et de la pression constante qu’il exerçait sur lui de par son statut de stagiaire non rémunéré.  

L’enquête du gouvernement fédéral qui avait suivi avait déterminé, puisqu’il était stagiaire non rémunéré, qu’il n’était pas un « employé » et ne bénéficiait pas des protections offertes par le Code canadien du travail.

C’est pourquoi ma collègue Laurin Liu, députée de Rivières-des-Mille-Îles, a déposé le projet de loi C-636, intitulé Loi sur la protection des stagiaires.

Ce projet de loi étend les normes et les mesures de protection visant le milieu de travail à tous les stagiaires, tels que la protection contre le harcèlement sexuel, le droit à la santé et la sécurité en milieu de travail et des heures de travail raisonnables. Il énonce également des règles et des conditions claires pour le recours à un stage non rémunéré, par exemple, que le stage soit formateur et qu’il bénéficie principalement au stagiaire et non à l’employeur.

L’absence de règles fédérales a ouvert la voie à l’exploitation des jeunes travailleurs et au remplacement de postes au niveau d’entrée par des stages non rémunérés. Les stagiaires méritent d’être protégés, et quiconque effectue le travail d’un employé rémunéré devrait aussi être rémunéré.

Matthew Dubé

Député de Chambly-Borduas

1-877-741-7802